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a robe caresse le sol. À cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n’est pas l’indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés ; ni non plus la solennité de l’entretien – tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c’est sa voix. Car c’est d’une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d’aller renverser notre père.

Vous aimez les romans historiques ? N’allez pas chercher plus loin. Voici l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine, sans doute la plus belle figure de femme du douzième siècle. Racontée par son fils, Richard Cœur de Lion, héros bien connu des croisades, on apprend tout sur les manœuvres politiques et militaires du royaume. Richard et ses frères ne connaissent pas la douceur : ils sont élevés dans une culture de force et de puissance pour les préparer à endosser leurs responsabilités de dirigeants.

Quand Henri, roi d’Angleterre et mari d’Aliénor, devient trop gourmand et que son désir égoïste de gloire et de conquête entrave les intérêts d’Aliénor et de ses fils, c’en est trop. Jamais elle n’abandonnera l’Aquitaine à cette brute. Force de son charisme infini et de sa bonté envers son peuple, elle fait se soulever des contrées entières contre la tyrannie de son mari le Plantagenêt, et lui livre une guerre ouverte, épaulée par ses fils. Je vous féliciterai le jour où vos conflits familiaux prendront la même ampleur que ceux décrits dans ce livre. Mais la guerre s’ensuit d’une défaite cuisante. Aliénor sera emprisonnée et surveillée de près dans un château anglais.

Ce roman nous montre qu’il est souvent bien inutile d’inventer des trames narratives : si l’on observe l’histoire, tout a déjà été écrit ; les histoires les plus fabuleuses se sont déjà passé. À lire donc, et vous vous trouverez emporté par la poésie de l’écriture et la justesse de la documentation de Clara Dupont-Monod.

Inutile d’attendre des mots d’amour. Ma mère n’en a jamais prononcé. Cela ne m’attriste pas. Mon époque ménage les mots. Elle les respecte trop pour en abreuver les foules, les utiliser à tort et à travers. Viendra bien un jour où on parlera tellement qu’on ne dira plus rien. Mais ici, c’est encore un geste d’engagement. Le verbe est si précieux qu’il décide de la vie ou de la mort. Le chevalier respecte la promesse faite à la dame, dût-il y laisser ses jours ; le seigneur obéit au serment ; la paix et la guerre se décident d’une phrase. La parole est tenue.

 

Édition Le Livre de Poche

215 pages

 

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